Comment faire un signalement Crip ?

La Cellule de Recueil des Informations Préoccupantes (CRIP) est le service départemental chargé de centraliser les alertes concernant un mineur dont la santé, la sécurité ou les conditions de développement semblent compromises. Transmettre une information préoccupante à la CRIP ne constitue pas un signalement judiciaire : c’est un acte administratif qui déclenche une évaluation de la situation de l’enfant par les services de protection de l’enfance.

Comprendre cette distinction et savoir rédiger un écrit exploitable par la CRIP conditionne la rapidité de la réponse apportée à l’enfant.

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Information préoccupante et signalement judiciaire : deux circuits distincts

Le droit français, depuis la loi du 5 mars 2007 réformant la protection de l’enfance, sépare deux procédures selon la gravité de la situation. Confondre les deux peut retarder la prise en charge ou orienter l’alerte vers le mauvais destinataire.

L’information préoccupante est adressée au président du conseil départemental, via la CRIP. Elle concerne un enfant qui semble en danger ou en risque de l’être, sans que les faits relèvent nécessairement d’une infraction pénale. Le signalement judiciaire, lui, est transmis directement au procureur de la République. Il vise des situations de danger grave et immédiat, de maltraitance avérée ou de faits pouvant constituer une infraction pénale.

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En pratique, si un doute existe sur le niveau de gravité, la CRIP reste le bon interlocuteur. Après évaluation, c’est elle qui transmettra au parquet si la situation l’exige. En cas de doute, la CRIP est toujours la bonne porte d’entrée.

Deux professionnels consultant un formulaire de signalement Crip en ligne dans un bureau administratif

Rédiger un écrit à la CRIP : contenu et forme de la transmission

La CRIP reçoit les informations préoccupantes sous forme de courrier, généralement postal ou électronique selon les départements. Les coordonnées de la CRIP de chaque département figurent sur le site du conseil départemental concerné. L’écrit doit être adressé à la CRIP du département de résidence de l’enfant.

Les éléments d’identification à inclure

Pour que l’alerte soit exploitable, l’écrit doit permettre d’identifier l’enfant et de situer les faits. Chaque information manquante ralentit le traitement.

  • Nom, prénom et date de naissance de l’enfant (ou âge approximatif si la date exacte est inconnue)
  • Adresse du domicile ou, à défaut, lieu de scolarisation ou tout élément permettant de localiser l’enfant
  • Nom des parents ou des responsables légaux, si ces informations sont connues
  • Description factuelle des éléments observés : propos de l’enfant, comportements constatés, traces physiques, contexte de l’observation
  • Identité et coordonnées de la personne qui rédige l’écrit, ainsi que le lien avec l’enfant (voisin, enseignant, membre de la famille, professionnel de santé)

Rester factuel dans la description

La CRIP attend des faits, pas un diagnostic. Décrire ce qui a été vu ou entendu, avec des dates si possible, sans interpréter ni qualifier juridiquement la situation. Un écrit qui rapporte « l’enfant présentait un hématome au bras gauche le 15 mars et a déclaré que son père l’avait frappé » est plus exploitable qu’un courrier mentionnant « maltraitance parentale ».

Aucune preuve formelle n’est requise pour transmettre une information préoccupante. Le rôle de la personne qui alerte se limite à décrire ce qui l’inquiète. L’évaluation de la situation relève ensuite des professionnels de la CRIP.

Le 119 comme alternative orale au courrier écrit

Le 119, numéro national dédié à l’enfance en danger, permet de transmettre une alerte par téléphone. Ce service, gratuit et accessible tous les jours, recueille les éléments communiqués par l’appelant et les transmet à la CRIP du département concerné.

Appeler le 119 est particulièrement adapté quand la rédaction d’un écrit semble difficile ou quand la situation nécessite un échange pour préciser les faits. Les écoutants du 119 guident l’appelant dans la formulation de son alerte et orientent vers la procédure appropriée.

Le numéro n’apparaît pas sur les factures téléphoniques. Un mineur peut lui-même appeler le 119 pour signaler sa propre situation ou celle d’un autre enfant.

Femme consultant le site officiel pour effectuer un signalement Crip depuis son domicile avec un smartphone

Évaluation par la CRIP : ce qui se passe après la transmission

Une fois l’information préoccupante reçue, la CRIP dispose d’un délai pour évaluer la situation. Cette évaluation mobilise des travailleurs sociaux, parfois des professionnels de santé, qui rencontrent l’enfant, ses parents et les personnes de son entourage.

Plusieurs issues sont possibles à l’issue de cette évaluation :

  • Classement sans suite si les éléments ne confirment pas de danger
  • Mise en place d’une mesure d’aide à domicile (accompagnement éducatif, aide à la parentalité)
  • Saisine du juge des enfants si une mesure judiciaire de protection apparaît nécessaire
  • Transmission au procureur de la République si des faits pénaux sont identifiés

L’orientation vers davantage de prévention et d’accompagnement à domicile constitue une tendance nationale qui peut influencer les suites données par la CRIP, selon les annonces du ministère des Solidarités en septembre 2026.

Secret professionnel et protection de la personne qui alerte

Le secret professionnel ne fait pas obstacle à la transmission d’une information préoccupante. L’article 226-14 du Code pénal prévoit explicitement cette dérogation pour les professionnels de santé, les travailleurs sociaux et les enseignants, dès lors que la situation concerne un mineur en danger.

La loi protège toute personne qui signale de bonne foi une situation de danger pour un enfant. Une alerte transmise de bonne foi, même si l’évaluation conclut à l’absence de danger, ne peut donner lieu à des poursuites. En revanche, un signalement délibérément mensonger expose son auteur à des sanctions pénales.

Ne pas alerter alors qu’on a connaissance d’une situation de danger constitue, à l’inverse, un manquement susceptible d’engager la responsabilité pénale de la personne qui s’est abstenue, sur le fondement de la non-assistance à personne en danger.

La formation au repérage des signes de danger et à la transmission d’alertes fait désormais l’objet d’un axe national structuré, avec un module de sensibilisation en ligne destiné à élargir le réflexe d’alerte au-delà des seuls professionnels de la protection de l’enfance, selon le ministère des Solidarités.