Les salaires dans l’informatique ont progressé de 4,2 % sur un an, soit presque le double de la moyenne nationale. Derrière cette hausse globale, tous les métiers ne profitent pas de la même dynamique. Certaines spécialités tirent leur rémunération vers le haut grâce à un déficit chronique de candidats, d’autres grâce à un cadre réglementaire européen qui impose de nouvelles obligations aux entreprises. Mesurer ces écarts permet de distinguer les trajectoires réellement porteuses des effets d’annonce.
Salaires médians des métiers informatiques les mieux rémunérés
Le tableau ci-dessous synthétise les rémunérations médiane brutes annuelles issues du baromètre Randstad Professional, qui reste la référence sectorielle la plus récente.
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| Métier | Salaire médian brut annuel |
|---|---|
| Architecte cybersécurité | 65 500 € |
| Directeur de projets | 60 000 € |
| Architecte systèmes et réseaux | 56 500 € |
| Architecte logiciel | 56 250 € |
| Responsable des systèmes d’information | 52 910 € |
| Responsable sécurité des systèmes d’information | 50 000 € |
L’écart entre le premier et le sixième poste dépasse 12 000 euros bruts par an. Le mot « architecte » revient trois fois dans le haut du classement, signe que les fonctions de conception globale sont mieux valorisées que l’exécution technique pure.

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Cybersécurité et réglementation : pourquoi les salaires grimpent au-delà de la pénurie
La pénurie de profils en cybersécurité est documentée depuis plusieurs années. Ce qui change, c’est le facteur réglementaire. L’entrée en application progressive de NIS2, de DORA et de l’AI Act oblige les entreprises à recruter des compétences situées à la croisée de la technique et de la conformité.
Un architecte cybersécurité qui maîtrise la gouvernance des risques au sens NIS2 ou la documentation des systèmes d’IA à haut risque exigée par l’AI Act ne se positionne plus sur le même marché qu’un pentester classique. La combinaison expertise technique et compétences réglementaires tire les rémunérations vers le haut.
Les postes de RSSI suivent la même logique. Leur rémunération médiane se rapproche de celle du responsable des systèmes d’information, alors que ces deux fonctions n’étaient pas au même niveau il y a quelques années. La raison tient moins à la rareté des candidats qu’à l’élargissement du périmètre de responsabilité imposé par ces nouvelles réglementations européennes.
AI Act et nouveaux métiers hybrides
L’AI Act crée des obligations concrètes pour les systèmes d’IA classés à haut risque : qualité des données d’entraînement, documentation exhaustive, contrôle humain, sécurité. Ces exigences font émerger des fonctions qui n’existaient pas il y a deux ans, à l’intersection de l’ingénierie IA, de l’audit et de la gouvernance des données.
Ces profils hybrides n’apparaissent pas encore dans les baromètres salariaux classiques. Leur rémunération reste difficile à mesurer, mais les entreprises qui recrutent sur ces postes proposent des packages alignés sur ceux des architectes logiciels, voire supérieurs lorsque le candidat cumule une certification en gestion des risques.
Cloud, data et DevOps face au développement généraliste : des trajectoires qui divergent
Le marché tech français se polarise. Les métiers cloud, DevOps et data engineering bénéficient d’une demande soutenue qui se traduit par des revalorisations salariales marquées pour les profils expérimentés. En revanche, le développement généraliste connaît une progression plus modeste.
Plusieurs facteurs expliquent cette divergence :
- Les compétences cloud et DevOps supposent une maîtrise de l’infrastructure, de l’automatisation et de la sécurité, ce qui réduit le vivier de candidats disponibles par rapport au développement web classique.
- Le data engineering se situe en amont des projets d’intelligence artificielle. Sans pipelines de données fiables, les modèles IA ne fonctionnent pas, ce qui rend ces profils structurellement demandés.
- Les fonctions DevSecOps, qui intègrent la sécurité dès la chaîne de déploiement, répondent directement aux obligations NIS2 et concentrent une tension forte sur le recrutement.
Le niveau d’expérience pèse désormais plus que l’intitulé du poste. Selon les données Apec reprises par StackJobs, le marché se coupe en deux : les profils seniors spécialisés négocient des augmentations significatives, tandis que les juniors généralistes subissent une compression salariale liée à l’afflux de nouveaux diplômés et à l’automatisation partielle de certaines tâches de code par les outils d’IA générative.

Facteurs qui font varier un salaire informatique à poste égal
Les baromètres affichent des médianes, pas des garanties. À intitulé de poste identique, la rémunération réelle varie selon des critères mesurables.
- La localisation géographique reste le premier levier. Un architecte logiciel en Île-de-France perçoit sensiblement plus que son homologue en région, même si le télétravail a réduit cet écart ces dernières années.
- La taille et le secteur de l’entreprise jouent un rôle direct. Les grands groupes bancaires ou industriels, soumis à DORA ou à NIS2, proposent des packages supérieurs à ceux des PME du numérique.
- Les certifications spécialisées (sécurité, cloud, gestion des risques) permettent de justifier un positionnement au-dessus de la médiane, surtout lorsqu’elles correspondent à une obligation réglementaire du recruteur.
71 % des entreprises du numérique déclarent toujours rencontrer des difficultés à recruter sur certains postes. Cette tension donne un levier de négociation réel aux candidats, à condition que leur spécialisation corresponde à un besoin structurel et non à un simple effet de mode.
Spécialisation versus polyvalence
Les données disponibles convergent sur un point : la spécialisation technique combinée à une compétence transversale est le profil le mieux rémunéré. Un ingénieur data qui comprend la conformité AI Act, un architecte cloud qui sait documenter ses choix pour un audit NIS2, un développeur qui maîtrise la sécurité applicative. Le salaire récompense la rareté de cette combinaison, pas la maîtrise d’un seul langage ou d’un seul outil.
La progression salariale dans l’informatique ne suit plus une courbe uniforme. Elle dépend de la capacité du professionnel à se positionner sur les segments où la demande réglementaire et la pénurie technique se croisent. Les prochaines échéances d’application de l’AI Act et de NIS2 devraient maintenir cette pression sur les recruteurs au moins jusqu’en 2027.

